| Eliad Moreh et Dror Solfer, victimes du terrorisme : | ||||||
|
nous n'avons pas de haine,
nous voulons seulement la justice. |
||||||
|
Dror est parisien
d’origine. Il vit en Israël depuis 9 ans. Il déjeunait ce jour-là avec David
Gritz, un jeune philosophe français qui terminait une thèse sur Lévinas*.
C’était la deuxième fois seulement qu’il le rencontrait. David était fils
unique, ses parents vivaient à Paris (depuis, le père est mort). Après le
drame, Dror les rencontrait à chaque
fois qu’il venait à Paris.
Eliad Moreh a 30 ans et un sourire très doux éclaire son beau visage. Sa voix aussi est très douce, mais l’on sent chez elle une très forte détermination. Elle était en train de déjeuner à la cafétéria de l’Université hébraïque de Jérusalem le 31 juillet 2002 lorsqu’une bombe a explosé, faisant 9 morts et plus de 80 blessés. Son ami, qui déjeunait face à elle, a été tué sur le coup. Eliad était alors étudiante en histoire de l’art. Il ne s’agissait pas d’un attentat suicide. La bombe avait été placée dans un sac par un employé arabe de l’université. Elle contenait des clous et des boulons. Un boulon dans la tête, c’est la mort. Un boulon dans la jambe ou dans un bras, c’est la survie. « Dès que j’ai retrouvé mes esprits, ma première réaction a été de me dire que j’étais vivante. Je ne sentais rien, aucune blessure (en fait, elle avait été blessée à la nuque). J’ai pensé : ça y est, mon tour est venu. Puis j’ai eu un sentiment de rage. Je me suis dit : si je m’en sors, je vais hurler. » À l’université, Eliad, comme tout le monde, pensait se trouver dans l’endroit le plus sûr de Jérusalem. Pas seulement parce qu’on y contrôlait les sacs à l’entrée, mais parce que c’était un endroit où juifs et arabes se rencontraient, étudiaient ensemble. Un endroit où la haine ne semblait pas avoir sa place. J’ai
été mise à mort mais j’ai survécu à mon exécution A l’hôpital, Eliad a reçu la visite de gens connus et inconnus qui venaient la réconforter. « On faisait la queue à ma porte. J’ai vu la barbarie et la haine, mais j’ai aussi vu la compassion et l’amour. S’il y a une leçon à tirer, c’est que le bien que l’on peut faire autour de nous en vivant, ça reste là, pour toujours. Et ça, aucun terroriste ne pourra le détruire. »
Au plus fort des attentats, la vie à Jérusalem était devenue une course
permanente contre la mort. Le week end, on quittait la région pour mieux
respirer, éprouver pendant un moment un sentiment de sécurité. Il y a encore
des familles qui n’envoient pas leurs deux enfants dans un même bus, des
familles où le père ne va pas dîner au restaurant en même temps que sa
femme. De nombreuses vies sont dévastées. « J’ai rencontré des familles de
victimes et je m’aperçois qu’il n’y a pas de fond à la souffrance, raconte
Eliad. On trouve toujours quelqu’un qui souffre encore davantage qu'un autre. » * Le mémoire de David Gritz a été publié aux Éditions de l'éclat : "Lévinas face au beau". Préface de Catherine Chalier. 133 pages. 14 euros.
|
|||||
| Dror Solfer et Eliad Moreh. Un boulon dans la tête, c'est la mort. Un boulon dans la jambe, c'est la survie. | Eliad Moreh et Dror Solfer se trouvaient tous les deux à la cafétéria de l’université hébraïque de Jérusalem le 31 juillet 2002 lorsqu’une bombe a explosé, faisant 9 morts et plus de 80 blessés. Chacun d’eux déjeunait en compagnie d’un camarade. Les deux camarades ont été tués sur le coup. Il ne s’agissait pas d’un attentat suicide. La bombe avait été placée dans un sac par un employé arabe de l’université. Elle contenait des clous et des boulons. Un boulon dans la tête, c’est la mort. Un boulon dans la jambe, c’est la survie. C’est ce qui explique qu’Eliad et Dror s’en soient sortis et non leurs amis, qui se trouvaient à 50 centimètres d’eux. Un pur hasard. À l’université, tous les deux pensaient se trouver dans l’endroit le plus sûr de Jérusalem. Pas seulement parce qu’on y contrôlait les sacs à l’entrée, mais parce que c’était un endroit où juifs et arabes se rencontraient, étudiaient ensemble. Un endroit ouvert où la haine ne semblait pas avoir sa place. « J’hésitais à prendre le bus, explique Dror, par contre, une fois que j’avais franchi la porte de l’université, je me sentais en sécurité. » Jamais
je ne me suis retrouvé seul avec ma détresse « Tout le monde en Israël a un mort ou un blessé parmi ses connaissances. On ne peut pas comprendre le pays si on ignore ce phénomène. Il faut comprendre qu’ici, on n’envoie pas deux enfants d’une même famille dans un même bus. Le père ne va pas dîner au restaurant en même temps que la mère. Au plus fort des attentats, je me souviens que j’étais allé à la frontière libanaise et que j’ai ressenti un sentiment de sécurité que je ne ressentais pas à Jérusalem. » Dror n’a jamais eu l’occasion de parler de ce qui lui est arrivé devant des Palestiniens. « Le contexte ne s’y prête pas, explique-t-il. Même si je suis persuadé qu’il existe des individus qui seraient prêts à m’écouter. J’ai juste eu des contacts une fois en France avec des étudiants palestiniens qui m’ont dit que du côté palestinien aussi, on avait des souffrances. » |
|||||