| Israël Finkielstein, professeur d'archéologie. | |||||
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l'archéologie contre les fanatismes. |
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Israël Finkielstein est directeur de l’Institut d’archéologie de l’Université de Tel Aviv. Il est très connu pour ses fouilles sur le site de Meggido et autres sites du nord d’Israël. Il nous parle d’emblée de son parcours et de sa vie : « Je voyage beaucoup, à l’étranger : France, Italie, Etats-Unis et aussi Jérusalem, qui, pour moi, est aussi en quelque sorte l’étranger. » Cette remarque ironique n’est pas fortuite, on va bientôt s'en apercevoir. M. Finkielstein appartient à l’école des « nouveaux archéologues » israéliens, comme il existe une école israélienne des nouveaux historiens, ceux qui n’hésitent pas à bousculer les mythes et à s’attaquer aux tabous qui fondent la culture judéo-chrétienne et l’existence même de l’État d’Israël. « Il existe deux sortes d’archéologues, explique-t-il, ceux qui fournissent des données aux historiens et ceux qui font également de l’histoire. J’appartiens à cette deuxième catégorie. A la base, je suis un historien.» « Grâce au progrès technique et scientifique et au décloisonnement des disciplines, l’archéologie ces dernières années a beaucoup changé, poursuit-il. Par exemple, il existe en Egypte un fond d’archives qui date du 14e siècle avant Jésus Christ. Il s’agit de lettres envoyées au pays de Canaan (aujourd’hui Israël, Liban, une partie de la Syrie), par Akhenaton. On a pu déterminer avec précision d’où elles étaient parties en examinant les minéraux qui les composaient. On a mis ainsi sous le microscope 400 lettres. Par exemple, une lettre qu’on croyait envoyée de Beyrouth avait en fait été envoyée de Gaza, qui était alors l’administration centrale de l’Egypte. »
Jérusalem, simple village de montagne « Notre thèse centrale, avec ce livre, c’était de montrer que la Bible est essentiellement une compilation de textes rassemblés au 7e siècle avant J.C., au moment du règne du roi Josias, qui régnait sur le royaume de Juda. Les données archéologiques recueillies nous permettent en effet d'affirmer que pour tout ce qui précède le 7e siècle, il s’agit de la compilation de textes plus anciens : récits historiques, souvenirs, légendes, contes populaires, etc. »
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Israël Finkielstein : |
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M. Finkielstein rappelle alors que l’exploration du terrain indique que vers le 9e siècle avant J.C., le royaume d’Israël (situé sur les lieux de l’actuelle Galilée), était beaucoup plus riche et brillant que le royaume de Juda (la Judée actuelle), situé immédiatement au sud. Jérusalem n’était alors qu’un simple village de montagne. Après l’anéantissement du royaume d’Israël en 720 par les Assyriens, les Israélites fuient vers le royaume du sud, qui gagna alors en importance. "Pour s’affirmer face aux empires voisins, se forger une histoire glorieuse, il devint primordial pour le royaume de Juda de s’arroger le rôle de fils de Dieu, explique M. Finkelstein. Il fallait étayer cette singularité par des textes fondateurs, faire appel à des prêtres et à des scribes, qui ont utilisé des textes déjà connus. C’est à partir de ce moment-là qu’est née la tradition monothéiste exclusive de la civilisation judéo-chrétienne et que Jérusalem devint la puissante capitale d’un royaume mythique. La Bible est une création littéraire et spirituelle de génie, destinée au départ à servir la cause politique, territoriale et religieuse d’un petit peuple de la protohistoire animé par la rage de survivre". La sortie de l’ouvrage a fait grand bruit et continue de susciter de vifs débats. « Je n’ai pas vraiment rencontré d’opposition, confie pourtant M. Finkielstein. Mon rôle n’est pas de dire aux religieux : vous avez tort. J’explique simplement, je parle sans agressivité, j’ai même débattu avec des ultra orthodoxes. Il faut dire que ce que je propose n’est pas moins spectaculaire que ce qui est écrit dans la Bible. » A l’heure où des individus en massacrent d’autres sur les bases d’une lecture littérale et arrogante de textes sacrés, il est bon que certains viennent les relativiser et mettre l’accent sur leur interprétation. Après tout, la foi relève d’autres ressorts que de la vérité historique et elle est d’autant plus solide qu’elle n’a pas peur d’ouvrir les yeux. * « La Bible dévoilée », par Israël Finkielstein et Neil Asher Silberman, 432 pages, éditions Bayard.
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