|
Sdérot sous le feu des roquettes |
||||||
|
La petite ville de Sdérot, située à 4km de la bande de Gaza, est depuis 8 ans soumise à un feu de roquettes envoyées par des combattants palestiniens. Sur place, les habitants fuient leur maison, persuadés que la situation durera. Reportage. |
||||||
|
Dans le taxi collectif qui le conduit de Sdérot à Jérusalem, le téléphone de Jérémie ne cesse de sonner. « Ce sont encore mes parents qui s’inquiètent », dit-il en raccrochant. Une demi-heure plus tôt, une nouvelle roquette est tombée sur la ville située à 4 kilomètres au nord de la bande de Gaza. Cette fois-ci, une personne a été blessée. Jérémie, lui, a préféré rentrer chez ses parents dans la capitale israélienne. L’université où il étudie près de Sdérot, est en grève depuis un mois. De toute façon, il n’a pas vraiment de raison de vivre au rythme des alertes. Dans le centre ville, un climat de panique règne. La veille, une vingtaine de Qassams sont tombées causant d’importants dommages matériels. Fort heureusement, que des blessées légers. Les ambulances sont en alerte. Leurs conducteurs, casque sur la tête, ne quittent plus le volant. Les terrasses des cafés, habituellement remplies en ces jours de beau temps, sont vides. Abandonnées. Seuls quelques anciens du village discutent, assis sur une chaise, la canne à la main. Plusieurs équipes de journalistes ont remplacé les villageois sur la place devant la mairie. Ils y ont installés un studio en plein air. Quelques militaires font acte de présence. Il faut rassurer ceux qui ne fuient pas. « Vacances payées » De l’autre côté de la place, des dizaines de cars attendent. Comme Jérémie, beaucoup d’habitants préfèrent s’éloigner de la zone de bombardement. Les gens se pressent et se bousculent dans les bus mis à disposition par l’homme d’affaires russe Arcadi Gaydamak. Il a décidé de s’occuper personnellement de l’évacuation de la ville, comme il l’avait déjà fait l’été dernier pendant la guerre du Liban. En quelques heures, plus de 50% de la population a délaissé son logement. Pour des « vacances payées » à Eilat ou dans un village de tentes à Tel-Aviv. Personne n’est dupe. « Une nuit comme celle qu’on vient de passer, cela signifie au moins six mois de bombardements incessants », confie une habitante. Ceux qui sont restés sont en colère contre le gouvernement qui ne fait rien pour eux. Les infrastructures de sécurité sont insuffisantes. Pas d’abris utilisables. Pas de protection des bâtiments. Malgré les sept ans de pluie de Qassam, la ville n’est toujours pas suffisamment équipée. Alors la population s’en prend également au maire, Elie Moyal, obligé depuis quelques jours de vivre avec un service de sécurité. Devant son bureau, un flot incessant d’habitants demandent plus de protection. Dans la salle de réunion de la mairie, un mur est dédié aux quinze morts victimes des roquettes. Leurs photos rappellent que ces armes fabriquées à base de tuyaux métalliques, pourtant souvent décrites comme rudimentaires, tuent. En réalité, elles sont de plus en plus perfectionnées. Depuis le retrait de la bande de Gaza, en 2005, le Hamas a pu améliorer la précision des tirs et la puissance des charges explosives, grâce à une importation d’Egypte mieux organisée de TNT. Plus de 4000 de ces roquettes sont tombées dans le centre ville en sept ans. |
Mais le pire pour la population, c’est la peur et la détresse psychologique. 100% des enfants souffrent. Les cours à l’école sont souvent interrompus. Et la situation est jugée trop dangereuse pour assurer l’enseignement. Abandon Devant une telle situation, Elie Moyal se sent abandonné par le gouvernement, peu intéressé par une ville pauvre dont les habitants sont en majorité des immigrants venus de Russie ou du Maroc. Aux revenus trop modestes pour déménager dans des coins plus tranquilles. Pour lui, une seule solution : l’armée doit entrer dans Gaza et éliminer les terroristes : « Ce ne sont pas des Palestiniens qui nous tirent dessus, explique-t-il, les personnes qui nous visent sont des tueurs. Ce sont des terroristes qui se mêlent à des personnes innocentes et c’est pour cela que l’armée doit directement aller les chercher en entrant dans Gaza ». Un point de vue pas forcément partagé au sein du gouvernement. Shaul Mofaz, actuellement ministre des transports et ancien ministre de la défense, à l’origine de la stratégie militaire appliquée à Gaza sourit en entendant les arguments de Moyal. « Je connais très bien Elie qui est un très bon ami. Mais, il est dans l’illusion la plus totale. Il imagine qu’on peut entrer dans Gaza et éliminer les infrastructures terroristes d’un revers de la main. Évidemment, c‘est impossible. A Gaza, il y a 1,5 millions d’habitants. Envoyer l’armée serait un carnage. Pour nous comme pour eux». Mofaz soutient son collègue à la Défense, Amir Peretz. Pour lui, la bonne stratégie, c’est celle qu’il avait lui-même mise en place : les éliminations ciblées des militants du Hamas et le bombardement des infrastructures. Malgré les « dommages collatéraux » et les morts d’innocents dans ces bombardements. Mais pour l’instant, il n’y a pas de résultats. A Sdérot, une nouvelle alerte retentit. Vingt secondes pour se mettre à l’abri. Le maire est en pleine réunion avec le personnel de sécurité au dernier étage de la mairie. La petite assemblée délaisse la salle et descend d’un étage. A défaut d’avoir un bunker à la mairie, la cage d’escalier fait office de pièce protégée. Ceux qui étaient au téléphone avant l’alerte poursuivent leur conversation. La roquette tombe à une centaine de mètres du bâtiment, sans causer de dégâts. La réunion peut reprendre. Cette fois-ci, elle ne sera interrompue qu’une fois. Christophe Dansette
|
|||||
|
|
||||||
|
|
||||||