Le Père Shoufani, artisan de la paix

 
 

Dans son collège de Nazareth, il organise des échanges entre élèves musulmans et juifs. Il éduque les enfants à connaître l’autre, car selon lui, Israéliens et Palestiniens doivent d’abord s’apprivoiser avant de faire la paix.


 
   


 

 
 

Nous sommes en retard et le Père Shoufani s’excuse d’avance, car du coup, il ne pourra pas dialoguer avec nous aussi longtemps que prévu. Le curé de Nazareth nous accueille dans son collège Saint-Joseph, qu’il dirige depuis plus de trente ans. À 60 ans, celui qui est aujourd’hui archimandrite de l’Eglise grecque catholique, continue encore et toujours son combat pour la paix. Soutane noire, barbe blanche, il est à l’image de l’infatigable pèlerin.

 

Le collège mixte Saint-Joseph compte 1300 élèves. La moitié sont des musulmans, l’autre moitié des chrétiens. Depuis 23 ans, des rencontres avec des écoles juives sont organisées trois fois par an. Les élèves participent même à une chorale commune. « Je veux des rencontres humaines, sans parler politique, mais simplement pour apprendre à se connaître », explique le Père. Né dans une famille arabe chrétienne de Nazareth, il incarne le dialogue multiconfessionnel qu’il prêche. « J’ai besoin de l’autre pour vivre », reprend-t-il comme leitmotiv mais « le problème dans ce pays, c’est la peur de l’autre ».

« Le conflit israélo-palestinien est un conflit très profond, qui recouvre à la fois des problèmes géographiques et politiques. » Et pour arriver un jour à le résoudre et à vivre en paix, la réconciliation entre les deux peuples est nécessaire. Mais, comme le souligne le Père Shoufani, « le dialogue n’a jamais été établi et on a toujours cherché à s’imposer par la force. »

 

Symbole de réussite éducative

Le dialogue entre chrétiens, musulmans et juifs est le maître mot du Père Shoufani. Pour surmonter les préjugés, pour dépasser la peur de l’autre. C’est dans cette optique qu’il a organisé en 2003 un pèlerinage commun dans le camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau. « À Auschwitz, nous avons demandé aux juifs

qu’ils nous disent, à nous chrétiens et musulmans, ce qu’ils ressentent. Qu’on communie ensemble. » Cette initiative lui a valu le prix Unesco de l’éducation pour la paix en 2003.                        

S’il encourage les jeunes générations palestiniennes à dialoguer avec les Israéliens, il demande aussi à ce que chrétiens et juifs apprennent à mieux connaître l’Islam. « Nous en avons peur car nous ne le connaissons pas. » Le monde occidental, qui assimile souvent Islam et islamisme, ne s’y intéresse pas et n’entend pas le cri de souffrance des musulmans ». Dans de nombreux pays musulmans autoritaires, selon le Père Shoufani, les populations souffrent de l’absence de droits de l’homme et de la démocratie. Mais comme elles sont opprimées et que les occidentaux ne les écoutent pas pour mettre fin à de tels régimes, seul le discours religieux est là pour éponger l’envie de révolte.

 

Si le Père mise sur le dialogue interreligieux dans son école, il insiste par ailleurs sur la réussite scolaire. Et le résultat est brillant. L’année dernière, le collège Saint-Joseph de Nazareth a obtenu les meilleurs résultats au bac israélien. Artisan de paix, le Père Shoufani est aussi un symbole de réussite éducative.

 

Aymeric Barrault