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Rencontre avec les victimes du Néguev |
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"Pourquoi sommes-nous venus dans ce pays de malheur ?" |
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Chaque année, Acpro organise une soirée de levée de fonds au bénéfice des victimes israéliennes du terrorisme. L’argent recueilli est reversé à l’association israélienne One Family, qui leur apporte un soutien psychologique et matériel. Acpro a rencontré une partie de ces familles, qui se rassemblent pour une journée dans un hôtel de la Mer Morte. Elles ont ainsi l’occasion de découvrir qui sont ces donateurs et leurs amis venus de France. Une cinquantaine de personnes, qui toutes ont perdu un père, un mari, une épouse ou un enfant, nous accueillent avec beaucoup de chaleur et très vite la parole fuse. |
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« Ces rencontres, ça nous fait du bien », raconte Michèle, dont le mari a été mortellement poignardé. « Autrement, on travaille, on rentre à la maison et c’est tout. On ne veut pas ennuyer les gens avec notre malheur. Ici, les autres comprennent ce qu’on vit. » « Les gens autour de moi n’aiment pas les gens tristes.
Louis est bédouin. Il habitait près de BeerSheva
et menait une vie paisible en bonne relation avec ses voisins Juifs. Il
travaillait dans la grande ville du sud comme agent de sécurité à la station
centrale de bus. Jusqu’au jour, où sa vie a changé.
Cela devait être le plus beau jour de la vie de Léa.
Ou plutôt, cela devait être le sourire retrouvé, un an, presque jour pour
jour après la mort de son mari. Le mariage de sa fille aînée. Mais une
semaine avant la célébration, le bonheur a tourné au cauchemar. Sharon, sa
fille cadette, se faisait une joie de rentrer pour aider sa mère dans les
derniers préparatifs. Sur le chemin, le bus explosa. Sharon est morte avec
dix-sept autres passagers.
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Jacques
commence à raconter son histoire presque trop naturellement. « Alors mon
fils… » Puis, il se reprend dans un français impeccable, comme pour
s’excuser. « Pardon, c’est vous le journaliste. A vous de me poser les
questions. » L’exercice n’est pas facile, car l’émotion est palpable, mais
Jacques parle facilement. Il évoque la tragédie qui l’a frappé, il y a plus
de six ans. « Le 2 avril 2001 exactement. » Son fils unique, Danny, soldat
âgé d’un peu plus de 20 ans est assassiné dans sa caserne située prés du
tombeau de Rachel, en territoire occupé. Jacques éprouve-t-il un sentiment de vengeance à l’égard des Palestiniens ? « J’ai déjà vécu avec des Arabes au Maroc dans ma jeunesse. Mais c’est vrai que les Arabes d’ici sont différents, plus extrémistes. » Lucide, il reprend. « Dans une certaine mesure, on est fautifs aussi, nous Israéliens. On aurait dû développer, il y a 30 ans, des infrastructures en Jordanie pour les Palestiniens. On n’aurait pas eu de terrorisme ».
L’histoire de Nelly est liée à celle du soldat Gilad Shalit, enlevé par des milices palestiniennes en juillet 2006. Son fils Hanan, âgé de 21 ans, appartenait à la même unité. « Il avait déjà effectué 2 ans et demi, il ne lui restait que six mois», confie Nelly. En tant que lieutenant, il était chargé de surveiller le kibboutz Kerem Shalom, situé en territoire israélien, en bordure de la bande de Gaza. Le 25 juin 2006, sept terroristes parviennent, en creusant un tunnel, à accéder au kibboutz. Ils commencent à lancer des roquettes sur les tanks des soldats. « Mon fils a alors donné l’ordre de sortir des blindés, mais ils l’attendaient. » Hanan, et le conducteur du char sont tués sur le coup. Un autre se fait kidnapper : Gilat Shalid. Seul l’un d’eux s’en sortira sain et sauf. Moins d’un an après, Nelly s’efforce de surmonter cette épreuve, « pour [ses] deux autres enfants ». « Nous n’avons pas d’autre choix que de vivre avec cette douleur. Mais tant que nous serons vivants, mon mari et moi, nous ferons tout pour entretenir la mémoire d’Hanan. »
Judith a été mariée pendant 15 ans avant de pouvoir donner naissance à un enfant. Il a été tué à l’âge de 4 ans. Elle porte sa photo en médaillon. Elle sourit doucement en nous parlant. « Dieu m’a fait attendre, puis il me l’a repris. Pourquoi ? Qui peut trouver une explication ? » Judith est incapable de travailler. Elle sourit, mais elle semble être ailleurs.
Une femme qui célébrait la bar mitzva de son petit-fils a vu son fils mourir sous ses yeux. « J’ai même vu un bébé sans tête et sa mère à côté en plusieurs morceaux ». Quand on lui demande si elle a été blessée dans l’explosion, elle répond : « Oui, je suis blessée, à l’intérieur ».
A un certain moment, la conversation s’enflamme. Une
jeune femme qui a perdu son mari se met à parler de plus en plus fort tout
en pleurant. Les autres se mettent à pleurer aussi. « Je ne peux plus
croire en Dieu. C’est fini », dit-elle. » Les autres interviennent :
« Arrête, ne dis pas des choses comme ça. Tu vas voir, ça va aller mieux
avec le temps, Tu es toute jeune, tu as toute la vie devant toi. » Les
paroles se bousculent, les mots partent dans tous les sens. « Pourquoi
sommes-nous venus dans ce pays de malheur ? On ne veut pas de nous ici.
Qu’est-ce qu’on fait ici ? » Ils cherchent tous à donner un sens nouveau à leur vie. Mais ça ne vient pas tout seul, ça prend beaucoup de temps. Comment vivre avec un tel malheur ? Sarah voudrait travailler dans le social. « J’ai envie de me sentir utile. Alors en attendant, je fais un peu de bénévolat auprès d’enfants défavorisés. Pendant que j’aide les autres, je m’aide aussi moi-même. »
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